| Depuis les années
1997-1998, la disponibilité des textes juridiques d'Etat sur le Web s'est
progressivement développée sur les sites publics, notamment à la
suite de la création du site Légifrance. Cela a
résulté d'abord de la mise en uvre des
engagements du Premier ministre Jospin à Hourtin au mois
d'août 1997 et du programme gouvernemental pour la société de l'information de janvier
1998(1), et ensuite de la mise en oeuvre du plan RE/SO 2007
(Pour une REpublique numérique dans la SOciété de l’information)
présenté par le Premier ministre Raffarin le 12 novembre 2002 dont l'objectif
est de "donner un nouvel élan à la société de
l’information" en agissant pour un développement efficace de ses
infrastructures (équipement, modalités d’accès à internet, cadre législatif,
etc.) et de ses usages.. Les initiatives privées restent nombreuses
et souvent utiles. Essayons de faire un rapide bilan par catégories de
textes. Les textes fondamentaux
La constitution du 4 octobre 1958, la déclaration des droits de
l'homme et du citoyen de 1789, le préambule de la Constitution de 1946,
etc. sont
diffusés sur plusieurs sites institutionnels : Legifrance, président
de la République et Premier ministre, Conseil constitutionnel,
ministère de justice). Ces textes
fondamentaux sont les plus faciles à mettre en ligne puisque leur contenu
soit est intangible soit varie peu
et très lentement (Constitution actuelle). Ces documents sont
parfois accompagnés de commentaires ou comportent la liste de leurs modifications.
Ils sont également repris sur des sites privés. En 1998 comme en 2004,
ces documents sont largement diffusés et d'un accès facile.
Le Journal officiel, édition Lois et décrets ou JORF
Sous format papier, ce document de référence est publié quotidiennement (six numéros par semaine).
Deux sites officiels assurent sa diffusion systématique (sauf pour
certaines données nominatives).
* De 1997 à juin 2004, il a été diffusé sur le site de la direction des Journaux officiels
(DJO) au format tif. Si au début les cinq derniers numéros étaient
ainsi mis en ligne, à partir de la fin de l'année 1998 ce n'était plus
que le dernier
numéro. Depuis le printemps 1998, la diffusion ne concerne plus
seulement les textes juridiques
généraux, mais l'intégralité du Journal officiel, à l'exception de
certaines données
nominatives (acquisitions de la nationalité et changements de nom). Le format
"tif" a l'avantage de donner l'image du texte publié et donc de rendre plus
difficile les falsifications, mais a pour inconvénients de produire des fichiers
volumineux et de rendre la consultation d'un texte plus laborieuse.
L'entrée en vigueur de l'Ordonnance n° 2004-164 du 20 février 2004 relative aux
modalités et effets de la publication des lois et de certains actes
administratif prévoyant la publication du JORF simultanément au
format papier et au format électronique et accordé une valeur juridique
identique pour les deux formats a exigé à compter du 1er juin 2004 la
mise à disposition du JO électronique authentifié au format PDF.
* Depuis le début du mois de février 1998, le site Légifrance
diffuse les textes juridiques du JORF à compter du 1er janvier 1998 et le numéro du jour
est diffusé le matin à sept heures. Le système est organisé sous forme de base de
données interrogeable par numéros, mots clés, dates de signature ou de publication.
Le site comporte aussi une page permettant de suivre
l'actualité juridique française, européenne et internationale. Elle comprend plusieurs rubriques : nouveaux textes, textes en préparation, sélection de textes parmi les
derniers numéros du JORF, jurisprudence et enfin actualité juridique hors de France
(Communautaire, CEDH, ONU, etc.).
Un net progrès pour l'accès aux textes officiels a consisté, au
début de l'année 2002, à
rendre disponible les textes officiels depuis 1990.
Deux sites privés doivent être signalés pour la
diffusion du JO. Le site "adminet" assure
la
diffusion du Journal officiel à partir des données issues de Légifrance
et offre (ou a offert) des possibilités
supplémentaires de consultation (URL stables, consultation possible par titre analytique ou par mot(s),
recherche paramétrée, envoi par courrier électronique d'une sélection personnalisée,
liens hypertextes avec d'autres textes, etc.). Des numéros anciens du
JO (à partir de 1947) sont accessibles au format tif à partir d'un site adminet.
Par ailleurs, sur droit.org,
Robert Mahl recense les textes juridiques disponibles sur le Web, ce qui
permet d'étendre le champ des textes juridiques accessibles bien en-deça
de 1990.
Les bulletins officiels
La diffusion des bulletins officiels a été plus tardive à se mettre en
place. Le CNRS a
été précurseur et diffuse son bulletin sur le web depuis janvier 1998. Il a été suivi
par le ministère de l'éducation
nationale et le ministère de l'économie et des finances. En 2004, une
vingtaine de bulletins officiels sont répertoriés sur Légifrance,
lesdits bulletins étant gérés par les ministères concernés et
stockés sur leur site. La plupart des circulaires, notes et autres
documents intérieurs ne sont publiés que dans les BO.
Les codes
Ils visent à faciliter l'accès aux textes juridiques en les
regroupant par thèmes. Du fait du développement de la codification (voir
notamment la loi n° 2003-591 du 2 juillet 2003 habilitant
le Gouvernement à simplifier le droit), de
nouveaux codes sont récemment apparus. Le meilleur état de leur diffusion sur des sites
publics ou privés est la page sur droit.org,
rubrique gérée par Robert Mahl.
* Le site Légifrance assure la diffusion des codes,
y compris les codes de déontologie pour les professions.
La consultation se fait à partir du plan ou par moteur de recherches. Les mises à
jour sont effectuées par la
direction des journaux officiels (DJO).
* Les ministères qui mettaient en ligne les
codes relevant de leurs domaines de compétence (code général des impôts et
code
des marchés publics sur le site du ministère de l'économie et des
finances au début des années 2000) y ont renoncé et renvoient par des
liens sur le site Légifrance.
* Les organismes collectifs (comme l'ordre des médecins) ou
de simples particuliers diffusent aussi des codes qu'ils ont eux-mêmes
numérisés ou mis en forme
Sauf exceptions, les codes sont diffusés à
l'état brut, sans commentaires.
Les modalités d'accès et de consultation
des codes sur Légifrance présentent certaines limites du fait de choix
techniques : possibilité limitée d'établir des liens
avec des parties de code et avec des articles, difficulté
à reconsulter en interne, .... Aussi, d'autres diffusions publiques ou privées
qui permettent notamment le téléchargement en un seul fichier, gardent leur intérêt même si elles offrent moins de garanties de fiabilité qu'une diffusion sur un site
officiel.
Les textes consolidés
De nombreux textes juridiques (lois et règlements) sont peu
compréhensibles car ils comportent des
modifications de détail de plusieurs textes antérieurs auxquels il faut se reporter pour
comprendre la portée de la révision. La plupart des individus n'ont évidemment
ni le
temps ni le goût pour se consacrer à cette tâche fastidieuse.
Or les administrations doivent bien en disposer pour assurer leur
application. La diffusion de textes consolidés
est un moyen efficace de
simplifier et de faciliter l'accès au droit par de plus vastes catégories
de population. D'ailleurs, l'Union européenne diffuse ainsi la
législation communautaire en vigueur. Ces textes trouvent naturellement place entre la législation à l'état brut et les textes explicitant le contenu des
dispositions juridiques (par exemple dans le style du Guide des droits et des
démarches). Pour les dispositions
codifiées, la question ne se pose pas puisque sur le site Légifrance les
mises à jour sont régulières.
L'évolution de la diffusion des textes consolidés est récente mais spectaculaire.
De 1998 à fin 2001,
seulement quatre-vingt textes essentiels, accessibles gratuitement,
étaient ainsi diffusés : la diffusion de textes consolidés
était réservée au site payant (Jurifrance) prévu par la
concession. Cette situation a pris fin au début de l'année 2002 puisque
c'est désormais "1335 lois et 13482 décrets" qui sont
gratuitement accessibles sous cette forme, l'actualisation étant
effectuée dans les dix jours qui suivent la
publication des textes modificateurs. Et le décret n° 2002-1064 du
7 août 2002 relatif au service public de la diffusion du droit par l'internet
indique parmi les données mises gratuitement à la disposition du public,
la Constitution, les codes, les lois et les actes à caractère réglementaire
émanant des autorités de l'Etat, "tels qu'ils résultent de leurs
modifications successives".
Les débats parlementaires :
Publiés au format papier dans le Journal officiel spécifique, ils ne sont pas diffusés sur le site Légifrance mais
leur diffusion est assurée sur le site de chacune des chambres. Des pages indiquent l'état d'avancement d'un projet ou d'une
proposition de loi jusqu'à la promulgation, le contenu des textes déjà examinés,
les rapports élaborés pour éclairer les discussions, et enfin le contenu des débats. Le
contenu de projets de lois présentés en Conseil des ministres mais non encore aux
assemblées parlementaires sont parfois diffusés par les ministres intéressés
dans la presse et sur le Web.
Les conventions collectives
Elles sont accessibles gratuitement sur le site Legifrance depuis le
deuxième semestre 2001. Cette diffusion est de nature à faciliter la
connaissance de ces textes par les employeurs et les salariés.
Les décisions de justice
La diffusion gratuite des décisions de justice par les sites publics est
restée restrictive en France jusqu'en septembre 2002.
Elle était limitée à celles qui étaient jugées essentielles. Le Conseil Constitutionnel
qui diffuse ses décisions en texte intégral depuis novembre 1997, en plus de
statistiques sur son activité et de divers documents, a été pendant toute
cette période une exception. Depuis l'entrée en vigueur du décret n°
2002-1064 du 7 août 2002 relatif au service public de la diffusion du
droit par l'internet, le site Légifrance assure l'accès aux décisions
et arrêts du Conseil constitutionnel, du Conseil d'Etat, de la Cour de
cassation et du tribunal des conflits et aux arrêts et jugements
rendus par la Cour des comptes et les autres juridictions administratives,
judiciaires et financières qui ont été sélectionnés selon les modalités
propres à chaque ordre de juridiction. De larges possibilités de
recherche sont offertes.
Le Conseil constitutionnel reste une exception dans la mesure où il
s'agit de la seule juridiction à diffuser sur son propre site non pas
quelques décisions mais leur intégralité et cela avec d'importants
compléments (dossiers documentaires, commentaires, références des notes
de doctrine, etc.).
Les renseignements administratifs
Il s'agit essentiellement de renseignements pratiques (notamment sur
les démarches) et de la traduction des normes juridiques en prescriptions compréhensibles par
tous, avec l'indication éventuelle des textes applicables. Cette mission
d'abord assurée sur le site Admifrance, avec le
service VosDroits qui est la transposition sur Internet du service (payant) existant
précédemment sur le
minitel, a ensuite été reprise sur le portail Service-public.
D'autres sites publics ou privés (SOS-Net
par exemple) y participent également.
L'information et la formation des citoyens
Avec l'ouverture au mois de juin de l'année 2002, du site
vie-publique.fr, l'Etat a vocation, outre à informer sur les
divers documents publics disponibles se rapportant à des sujets de
l'actualité juridique, à assurer l'instruction civique des citoyens. Le
site présente de manière assez détaillée les institutions politiques
et juridiques, et leur fonctionnement. L'Etat atteint là les limites de
son rôle, de son investissement de l'Internet, pour répondre à son
obligation d'information juridique.
Ce rapide bilan de la diffusion des textes officiels montre des
progrès depuis 1998. Un autre doit être signalé, il résulte
de la possibilité pour les sites publics d'utiliser un moteur de recherche pour interroger les données fournies sur le Web par
les sites publics. Jusqu'au début des années 2000, cela était
impossible car le secrétariat général du gouvernement considérait
que le contrat de concession portant sur la base de données juridiques
s'y opposait. Mais
l'obstacle n'était pas difficile à contourner. Ainsi, les
décisions du Conseil constitutionnel avaient été copiées sur un site
universitaire à l'étranger (en Sarre) où un moteur de recherche était
utilisable.
La diffusion des textes officiels sur
Internet constitue un facteur de rationalisation de l'activité
administrative : l'ensemble des administrations sont intéressées à disposer d'une
information juridique gratuite, fiable et actualisée. L'accès
gratuit répond également aux attentes de la population comme l'a montré le rapport
d'un sénateur, M. Trégouët.
Si le décret n° 2002-1064 du 7 août 2002 relatif au service
public de la diffusion du droit par l'internet est un fondement peu
solide à la diffusion des divers textes juridiques sur Internet par des
institutions publiques (nature réglementaire du texte, imprécisions sur
l'étendue et les conditions, absence d'obligation de résultats, ...), l'ordonnance n° 2004-164 du 20 février 2004
a modifiée cette situation mais seulement en ce qui concerne la diffusion
électronique du Journal officiel de la République Française devenue
obligatoire et de valeur officielle. En tous cas, pour de multiples
raisons (fragilités d'une diffusion unique, autres conditions
d'accessibilité, ...), la diffusion des textes juridiques à l'initiative
de personnes privées est utile et souhaitable.

(1) L'annonce de la diffusion gratuite
des données publiques essentielles a constitué un
progrès par rapport à ce qui existait auparavant, c'est-à-dire presque rien. Mais le
flou du critère, reconnu d'ailleurs par Jean-Noël Tronc, conseiller technique auprès du
Premier ministre chargé du passage à la société de l'information ("Une
mission d'information sur la diffusion des données publiques", Expertises,
avril 1998) était une limite. Il ne semble pas tout à fait adéquat aux données
juridiques. Car il n'y a pas d'un côté des données juridiques essentielles et
de l'autre côté, des données qui ne
le seraient pas : les citoyens doivent respecter tous les textes juridiques opposables.
Le décret du 7 août 2002 marque l'abandon de cette conception qui
pouvait d'ailleurs difficilement recevoir une expression juridique sans
soulever maintes discussions.
07/2004 |